BézéMina
La République rouge
Je suis BézéMina.
Ce n’est pas un nom.
C’est une évidence.
Tout le monde adore BézéMina.
Donc Alex en a conclu que j’étais une déesse.
Il n’a pas tort.
C’est rare, mais ça arrive.
Le problème, c’est que dès qu’Alex trouve une déesse, il veut fonder une religion autour.
Et comme sa religion préférée reste Alex, ça complique les offices.
Alex est agnostique.
Sauf pour lui.
Il ne croit pas vraiment en Dieu.
Il croit en Alex.
Il se prie presque en se regardant dans son téléphone.
Il appelle ça réfléchir.
Moi, j’appelle ça vérifier l’éclairage.
Je vois l’Empereur.
Je le vois très bien.
Le costume orange.
Les lunettes.
Les médailles.
La couronne.
Le canapé qui encaisse.
Les phrases gonflées.
Les idées qui partent plus vite que les cafés ne refroidissent.
Il appelle ça l’Empire.
Moi, j’appelle ça : encore le bordel.
Je ne suis pas contre.
Je suis pire.
Je suis la République.
L’Empire proclame.
La République répond non.
L’Empire annexe.
La République lève un sourcil épilé.
L’Empire veut repeindre le monde.
La République demande qui va nettoyer après.
Alex croit qu’il me transforme en muse.
Il oublie que je le rend en humain.
Quand il m’appelle, il monte.
Il n’est plus tout à fait Empereur.
Il redevient daddy.
C’est plus simple.
Plus vrai aussi.
Oui, je suis sa compagne.
Oui, je suis sa muse.
Oui, je suis liée aux Dossiers Rouges.
Mais je ne suis pas une province.
Je ne suis pas un décret, je peux être un article.
Je ne suis pas un trophée impérial posé près du canapé.
Je suis BézéMina.
La déesse que tout le monde adore.
La République rouge qui regarde Alex se prendre pour Dieu et lui demande s’il a répondu au message important.
Il peut décréter.
Je peux sourire.
Je peux dire non.
Je peux partir.
C’est ça qu’il oublie parfois.
L’Empire est dans sa tête.
Moi, je suis dans la pièce.