Le livre rouge du désastre fondateur

Absurdie se visite librement. On entre, on lit, on se perd, on ressort avec une légère odeur d’orange mental. Aucun péage, aucune barrière, aucun garde à l’entrée : Jul a refusé l’uniforme et Alex Ier a perdu le plan de la douane.

 

Ce livre, lui, sert à comprendre d’où vient le royaume. Il rassemble les premières pièces du dossier : la Pierre noire, l’apparition de Jul, la Vérité Orange, les procès contre le réel, les débuts administratifs, les preuves douteuses et les moments où Alex Ier a confondu une crise personnelle avec une fondation d’État. Ce n’est pas un manuel. Ce n’est pas une confession bien rangée. C’est l’acte de naissance d’un monde qui aurait probablement dû rester sous surveillance.

 

Les pages publiques montrent Absurdie en train de fonctionner : ses genèses, ses procès, ses absurdités, ses couloirs, ses cartes suspectes, ses annexions littéraires. Le livre rouge montre la chaudière. Il explique pourquoi Alex décrète, pourquoi Jul contredit, pourquoi l’orange revient comme une maladie administrative, pourquoi les grandes œuvres sont réquisitionnées, et pourquoi chaque ratage finit tôt ou tard par obtenir un tampon.

 

Les Absurdités™ seront vendues à prix bas pour circuler partout, contaminer les liseuses et faire entrer les lecteurs sans douleur excessive. Le texte fondateur, lui, est différent : il ne se vend pas au poids du mot. Il sert de clé, de preuve, de relique et de soutien. L’acheter, ce n’est pas débloquer le site. C’est participer à son entretien, financer les textes gratuits, les futures pages, les procès inutiles et les prochaines catastrophes culturelles.

 

En Absurdie, cette opération porte un nom fiscalement douteux : la TVA — Taxe à la Valeur Absurde. Si ce territoire vous apporte quelque chose — rire, gêne, culture, malaise, illumination orange ou simple perte de repères — vous pouvez aller vous faire taxer volontairement sur Amazon en achetant le livre fondateur. C’est une contribution libre, mais Alex Ier préfère dire impôt, parce qu’il trouve que “soutien facultatif” manque de bottes.

 

Une version numérique existe. Une version papier suivra, traitée comme une relique impériale dans les limites d’Amazon, donc sans cuir sacré ni dorure réelle, mais avec la prétention esthétique maximale autorisée par la logistique moderne.

 

Dialogue fiscal

 

— Jul, explique la TVA.

— Je refuse.

— Taxe à la Valeur Absurde. C’est clair.

— Non. C’est un jeu de mots qui a trouvé une chaise.

— Le lecteur visite gratuitement. S’il estime avoir reçu de la valeur absurde, il achète le livre rouge.

— Donc il achète un livre.

— Administrativement. Spirituellement, il paie l’impôt de l’Empire.

— Une taxe volontaire n’est pas une taxe.

— Justement. C’est notre progrès.

— Vous avez inventé le prélèvement sans obligation.

— Le seul impôt honnête.

— Non. Une contribution libre avec uniforme fiscal.

— C’est magnifique.

— C’est suspect.

— C’est accepté.

— Par qui ?

— Moi.

— Voilà le problème.

— Tampon ?

— Mention : valeur absurde constatée, paiement libre, mauvaise foi impériale pleinement assumée.

— L’Empire remercie les contribuables.

— Ce sont des lecteurs.

— Des lecteurs fiscalement éveillés.

— Je vais demander ma mutation.