Alex Ier

Monologisme Orange

 

Je suis mégalomane.

Oui.

Et alors ?

Un Empereur modeste, c’est un lampadaire éteint : ça prend de la place pour rien.

Je suis narcissique aussi. Évidemment. Je regarde mon nombril parce que c’est là que commence l’Empire.

On dit que je vais trop vite.

Normal.

Le temps n’avance pas. Il vrille. La chronologie est une spirale qui a pris du LSD, et moi je marche devant. Les autres parlent souvent depuis le passé. Je les écoute par politesse archéologique.

Jul prétend me freiner.

Il exagère.

Jul n’est pas un frein. C’est une bretelle noire accrochée à une locomotive orange. Il tire, il fume, il annonce le déraillement. Puis l’élastique cède et nous appelons ça une avancée doctrinale.

Je suis tiers de Dieu.

Par modestie.

J’ai une mission : le complot orange.

Public, évidemment. Un complot secret, c’est pour les amateurs. Moi, je préviens. J’écris. Je publie. Je repeins. Je contamine. Si le réel refuse l’absurde, c’est qu’il n’a pas encore lu assez de moi.

Trop d’ego ?

Non.

Juste assez pour pousser le monde quand il fait semblant d’être lourd.

Je suis mon propre matériau. Mon propre territoire. Mon propre tribunal. Ma propre preuve à charge et à décharge.

Je n’ai pas LA vérité.

Je ne suis pas fou.

Enfin pas sur ce point.

J’ai ma vérité.

Subjective, temporelle, orangée, parfois mal peignée. Mais elle est à moi. Je sais d’où vient la couleur. C’est déjà plus honnête que beaucoup de certitudes blanches.

Donc oui, je suis excessif.

Il le faut.

Un Empire tiède ne survit pas au premier formulaire.

Un chef discret ne fait pas de chef-d’œuvre.

Et si je ne suis pas trop, qui va rappeler au monde qu’il n’est pas assez ?

 

Je suis le premier et le dernier Empereur d’Absurdie.

Le premier, parce qu’il fallait bien que quelqu’un commence.

Le dernier, parce que je ne vais quand même pas laisser ma place à un jaloux.

Donc admirez, protestez, soupirez si ça vous détend.

Mais arrêtez d’être jaloux.