L’Emblème originel

ou l’Emblème original

 

L’Empereur avait commandé un emblème.

Jul, naïvement, avait compris : un emblème propre.

Il produisit donc un sceau presque digne : couronne de laurier dorée, lunettes noires impériales, médailles disciplinées, fond noir, symétrie, silence, autorité. Quelque chose de sérieux. De stable. De presque utilisable par une administration qui n’aurait pas honte d’elle-même.

L’Empereur contempla l’œuvre.

Il reconnut la qualité.

Puis il déclara que c’était insuffisant.

— Il manque quelque chose, dit Alex Ier.

— De la sobriété ? demanda Jul.

— Non. Moi.

Jul comprit trop tard.

L’Empereur revint avec un pinceau, de la peinture, des étoiles, des éclairs, des points de couleur, une idée personnelle de l’harmonie et cette confiance dangereuse qu’ont les hommes persuadés d’améliorer ce qu’ils viennent de détruire.

Ainsi naquit la seconde version.

Jul l’appela : dégradation graphique non autorisée.

Alex Ier l’appela : version originale.

Jul tenta de rappeler que la première était la version originelle.

Alex répondit que l’originel était avant lui, donc incomplet, tandis que l’original était après lui, donc forcément supérieur.

Le débat fut immédiatement classé aux Archives Impériales, faute de dictionnaire survivant.

Depuis, les deux emblèmes coexistent.

À gauche : l’Emblème originel, version Jul, propre, sobre, presque raisonnable.

À droite : l’Emblème original, version Alex Ier, repeinte, annexée, criarde, impériale selon l’Empereur.

Aucun service n’a jamais pu déterminer lequel était le véritable emblème de l’Empire.

Ce qui prouve, administrativement, que les deux le sont.